À propos de Kao, “Sa vie. Sa voix. Ses conditions.”
Certaines voix percent le bruit. Celle de Kaoutar en faisait partie.
Elle ne recherchait pas l’attention pour elle-même. Elle choisissait de parler quand cela comptait etet de se taire quand elle estimait que le silence était la meilleure réponse. Elle utilisait sa voix avec intention et n’a jamais laissé la lumière des projecteurs changer qui elle était.
Mais comprendre Kaoutar, c’est comprendre que sa force publique venait de plus loin encore, celle d'une femme au rire facile, à l'amour passionné, qui n'a jamais perdu de vue l'essentiel.

Une combattante qui ne reculait jamais
Kaoutar Boudarraja était une battante dans tous les sens du terme. Elle ne fuyait ni les conversations difficiles, ni les pressions de son milieu, ni les attentes qui auraient exigé qu’elle se fasse plus petite ou plus prudente. Elle a repoussé des limites que d’autres ne voyaient même pas, a ouvert des espaces qui n’existaient pas encore, et elle l’a fait sans jamais compromettre les valeurs qui la guidaient, en public comme dans l'intimité.
Sa manière de remettre en question le statu quo n'était ni bruyante ni ostentatoire.C'était une démarche posée, réfléchie et ancrée dans une conviction profonde. Lorsqu'elle refusait des rôles qui perpétuaient les stéréotypes, qu'elle déclinait des contrats lucratifs qui allaient à l'encontre de ses valeurs, ou qu'elle réorientait les interviews des ragots vers le fond, elle était tout simplement elle-même. La même personne qui défendait un membre de sa famille, protégeait la confidentialité d'un ami ou aidait discrètement quelqu'un sans rien attendre en retour.
La personne derrière la tribune
Ce qui donnait de l'authenticité à son travail médiatique, c'était qu'il reflétait sa véritable personnalité. La femme qui insistait pour parler darija dans un cadre professionnel était la même qui enseignait à son fils les proverbes marocains et veillait à ce qu'il comprenne ses origines. L'animatrice qui créait un espace pour les conversations difficiles à la télévision était une personne qui écoutait attentivement ses amis et offrait des conseils avisés lorsqu'on le lui demandait.
Elle avait un esprit vif qui pouvait apaiser les tensions en toutes circonstances, mais elle manifestait aussi une intensité tranquille lorsqu'elle abordait des sujets qui lui tenaient à cœur, comme les droits des femmes, la représentation culturelle et la responsabilité liée à une certaine notoriété. Elle pouvait être à la fois enjouée et sérieuse au cours d'une même conversation, passant sans effort des plaisanteries avec les membres de l'équipe aux discussions approfondies sur le contenu.
Concilier vie publique et vie privée
Kaoutar savait qu’être une figure publique ne signifiait pas être exposée. Elle était chaleureuse avec les gens, se souvenait des prénoms, demandait des nouvelles des familles, prenait du temps pour les conversations qui comptaient. Mais elle maintenait également des limites claires entre ce qui appartenait à son public et ce qui appartenait à son cercle intime.
En tant que mère, elle était farouchement protectrice tout en étant profondément présente. Elle veillait à ce que son enfant ait une enfance normale malgré sa notoriété, l’accompagnait à l’école quand elle le pouvait, allait régulièrement au cinéma avec lui, planifiait des congés pour ses vacances et n’a jamais renoncé à son rôle de mére. Sa décision de préserver la vie de famille n’était pas de l’ordre du secret, c’était une façon de montrer que les femmes peuvent être des figures publiques sans renoncer à leur droit à un espace personnel et à l'intimité.
Elle était très croyante, appréciait la modestie et est restée fidèle à sa foi tout au long de sa carrière. Il ne s'agissait pas d'aspects distincts de son identité, mais d'éléments fondamentaux qui influençaient sa façon d'appréhender le monde, ses relations avec autrui et ses choix professionnels.
L'intégrité en toutes circonstances
Son impact ne se mesurait pas à son volume, mais à sa profondeur. En tant que figure médiatique, voix culturelle et femme de principes, elle passait d’un monde à l’autre, marocain et international, traditionnel et moderne, public et privé, avec une combinaison rare de grâce et de force. Qu’elle anime des émissions de télévision, enregistre son podcast ou partage simplement un dîner avec des amis, elle gardait la même authenticité.
Elle a prouvé qu'on pouvait être soi-même sur la scène internationale, que l'intégrité et l'influence n'étaient pas incompatibles, et que le véritable pouvoir résidait dans la capacité à discerner ce qui méritait notre énergie de ce qui n'en méritait pas. Mais surtout, elle a démontré que la force n'impliquait pas la dureté, qu'être intègre ne signifiait pas être rigide, et que défendre ses convictions pouvait être guidé par l'amour plutôt que par la colère et la haine.
Une vie pleinement vécue
Kaoutar a vécu avec intention. Elle choisissait ses projets avec soin, ses mots avec discernement et ses combats de manière stratégique. Elle célébrait ses réussites sans perdre le sens des proportions, affrontait les épreuves sans perdre l’espoir et restait curieuse du monde qui l'entourait même lorsqu'elle est devenue plus connue.
Jusqu’à son départ en juin 2025, elle a mené son ultime combat contre la maladie avec la même grâce et détermination que tout ce qu’elle avait entrepris auparavant. Elle est restée présente pour les personnes qu’elle aimait, reconnaissante pour la vie qu’elle avait construite et fidèle à elle-même jusqu’au bout.
Ce n’était pas seulement sa devise professionnelle, c’était sa façon de vivre. Dans les conversations familiales, les amitiés et les moments de calme loin des caméras, elle apportait la même attention à ses mots et la même intention à sa présence.
Aujourd’hui, cette voix continue à travers les principes qui l’ont guidée et les espaces qu’elle a ouverts pour les autres. Pas sous forme de performance ou de simple hommage, mais comme la continuation naturelle d’un travail qui a toujours été ancré dans une véritable connexion humaine et une intention authentique.
Certains parlent pour être entendus. Moi, je parle quand quelque chose doit être dit.
